« Il est fondamental de leur offrir des possibilités d’avenir »

« Il est fondamental de leur offrir des possibilités d’avenir »

« Il est fondamental de leur offrir des possibilités d’avenir »

Résaux sociaux
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Alexandra Bataille, éducatrice spécialisée dans le travail avec des jeunes en situation de rue, a repris des études de psychologie clinique à l’université de Paris. Elle a effectué son stage de Master à Kinshasa, au sein de notre projet, plus précisément dans les centres d’accueil de filles. Elle nous parle de cette expérience.

LC : Comment décririez-vous l’état psychologique des jeunes que vous avez rencontrés ?

Ces enfants ont tous, à un niveau plus ou moins intense, vécu des traumatismes. Ils ont été, pour la plupart, taxés d’être des enfants sorciers et confiés à des églises qui les ont souvent torturés pour les exorciser. Beaucoup ont été maltraités dans leur famille, rejetés, abandonnés... Ils sont passés par la rue où ils ont subi de nombreuses agressions et violences. Quand ils arrivent dans les centres, ils sont donc très marqués par tout cela.

LC : Comment les accompagnez-vous ?

Il faut d’abord les accueillir et les accompagner petit à petit dans la (re)construction d’une image d’eux-mêmes positive parce que l’image qu’ils ont est très dévalorisée… Nous cherchons à réduire leur niveau de souffrance pour qu’ils se sentent mieux avec eux-mêmes et avec les autres et qu’ils aient envie de s’inscrire dans un présent et dans un avenir. Cela se passe au niveau individuel, en travaillant sur leur histoire et leur vécu mais également au niveau groupal en apprenant à vivre en groupe, en société. Dans la rue, les enfants ont développé des rapports humains basés sur les abus et l’usage de la force.  Très tôt ils ont dû s’assumer pour pouvoir survivre, ils doivent donc (ré)apprendre à être des enfants. Dans les centres, la prise en charge éducative et psychosociale vise notamment cela : leur permettre d’occuper cette place. Ils peuvent manger, dormir, jouer, aller à l’école, être soignés… être des enfants, en somme.

Ce travail passe aussi par l’accompagnement des équipes socio-éducatives afin de réduire leur stress et renforcer leurs compétences, leur permettant ainsi d’offrir une prise en charge mieux ajustée aux besoins des enfants.

LC : L’insertion socioprofessionnelle joue aussi un rôle important dans la reconstruction psychologique de ces enfants ?

Clairement. C’est fondamental en fait, parce qu’un certain nombre de ces enfants n’a pas de solution. Ils ne veulent ou ne peuvent pas retourner dans leur famille comme ils y ont été maltraités ou chassés et ils ne veulent pas retourner dans la rue. Ils ont donc besoin d’une autre option. Et cela passe par leur proposer une formation, un métier pour leur permettre de se réinsérer.  Je pense qu’il serait également utile de développer des centres spécifiques pour les grands jeunes qui sont en formation afin de les soutenir jusqu’à ce qu’ils aient leur propre chez eux, leur salaire... C’est fondamental de les accompagner dans ce projet, sinon le travail en amont risque de n’aboutir sur rien. La prise en charge psychosociale perd de son sens sans un projet d’insertion qui offre une   possibilité d’avenir.  Alors que s’ils sont formés, c’est une chance pour une réinsertion réelle et durable.   

LC : Comment évolue aujourd’hui la problématique globale des enfants en situation de rue à Kinshasa ?

Globalement, la situation des enfants des rues empire. C’est-à-dire qu’il y a de plus en plus d’enfants dans la rue. C’est empirique, parce qu’il n’y a pas eu de recensement depuis 15 ans, mais toutes les associations s’accordent pour dire que le phénomène augmente. Néanmoins, je pense que, pour une partie de ces enfants, le passage par les centres d’accueil, le travail avec les familles et l’aboutissement à une réinsertion sont réellement efficaces.  De nombreux enfants sont pris en charge et soignés. Ces enfants sont aussi scolarisés, ils ont une enfance. Donc je pense qu’il y a une vraie utilité dans l’existence de ces centres, de ces projets. Mais la tâche est monumentale. C’est une goutte d’eau dans l’océan, mais une goutte d’eau potable.