Sud-Kivu : les femmes et les enfants payent le prix fort
Sud-Kivu : les femmes et les enfants payent le prix fort
L’invasion de la province du Sud-Kivu par le M23 a vu grimper en flèche les cas de violences sexuelles. Le viol, utilisé comme arme de guerre, touche désormais massivement les enfants, qui représentent près de la moitié des victimes recensées. Face à une population désespérée de voir la communauté internationale réagir, Louvain Coopération et ses partenaires tentent, à leur échelle, de soulager les peines des survivantes. À l’occasion de la sortie du film « Muganga, celui qui soigne » sur le combat de Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, nous lançons un appel au monde pour ne pas oublier ce calvaire.
« Depuis près de 30 ans, nous faisons face à un phénomène de violences sexuelles », déplore Violette*, psychologue clinicienne active auprès des victimes. « On y a beaucoup travaillé et il y avait une régression significative des cas ces dernières années. Mais, depuis janvier, on assite à une très forte recrudescence, et pas seulement dans les territoires occupés par le M23 : c’est partout. Ils visent particulièrement les plus faibles : les femmes, les jeunes filles et les jeunes enfants. On cherche à faire le plus mal possible, à briser. Il y a ainsi régulièrement des viols d’enfants devant leur père. »
Des chiffres alarmants, souvent sous-estimés
Une autre intervenante tire le même constat. « Katana constitue une zone d’accueil de déplacés qui viennent de Kalehe, Goma, Minova... Ils sont très nombreux et particulièrement vulnérables, car sans ressources. Depuis février, nous avons enregistré 168 cas de viols, et ce n’est probablement qu’une fraction, car la plupart des victimes ne se déclarent pas. La police et la justice ne fonctionnent pas, donc à quoi bon ? Certaines familles évitent aussi d’amener leur fille à l’hôpital de peur qu’elle soit stigmatisée. » Selon l’ONU, 10.000 victimes ont été recensées dans le pays en janvier et février et près de la moitié sont des enfants.
Aujourd’hui, l’espoir d’une intervention de la communauté internationale s’amenuise. « La population du Sud-Kivu a compris qu’elle était abandonnée à son triste sort », entend-on. Et le départ de plusieurs ONG n’a fait qu’accentuer ce sentiment d’abandon.
Soulager les souffrances
Blaise Ombeni, responsable du programme santé de Louvain Coopération dans la région coordonne l’appui aux structures médicales locales : « Ces viols ont des conséquences médico-psychosociales lourdes - mutilations, traumas, isolement… Il faut donc une prise en charge holistique. »
Louvain Coopération et ses partenaires fournissent des kits PEP (prophylaxie post-exposition) qui permettent d’éviter les IST et grossesses non-désirées à la suite d’un viol. « Mais surtout, nous avons fourni beaucoup d’efforts avec notre partenaire CAMPS (Centre d’appui médico-psychosocial) pour que les soins de santé mentale soient intégrés à la prise en charge des victimes et dans une plus large mesure, aux soins de santé primaires. Les victimes bénéficient donc d’un soutien psychosocial individualisé, notamment à travers des groupes de parole encadrés par des psychologues. Certaines survivantes sont stigmatisées dans leur communauté. Nous allons à leur rencontre et les accompagnons également dans le développement d’une activité entrepreneuriale pour renforcer leur autonomie. Il y a aussi des actions de sensibilisation et de promotion de la santé au sein des communautés pour faciliter la réintégration sociale des victimes. » Mais l’insécurité complique fortement l’accès aux victimes.
Penser l’après
Pour Violette*, il est également capital de réfléchir à l’avenir et à la façon de gérer la reconstruction. « Il faut mener des recherches pour comprendre l’ampleur de ces traumas, ce stress, ces victimes. Après ce genre d'événements, il y a toujours une vague d'enfants issus de viols. Que faire pour la communauté, pour ces mamans, pour ces enfants ? Des recherches pourront orienter les décisions, afin de créer des réparations plus durables, sur base de résultats scientifiques, et en tenant compte de l’aspect psychologique pour réellement répondre aux besoins. » Louvain Coopération va poursuivre ses efforts en santé mentale dans la région. Une étude sera menée afin de disposer des données nécessaires pour orienter les futures actions de l’ONG de l’UCLouvain.
*Prénom d’emprunt
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