Sibylle and Nicolas in Kinshasa đšđ© 3/3
Sibylle and Nicolas in Kinshasa đšđ© 3/3
A travers ce journal de bord, Nicolas nous décrit sa journée type à Kinshasa, au centre de formation professionnelle Saint Joseph.
Nous voilĂ arrivĂ©s, aprĂšs 15 minutes de descente, Ă Triangle. Câest ici que je laisse ma compagne Sibylle continuer vers Ndako Ya Biso. Je me dirige vers le centre de formation professionnelle (CFP) St Joseph. ArrivĂ© lĂ -bas, jâai lâimpression de ne plus ĂȘtre Ă Kinshasa, je passe du plastique par terre Ă des pelouses vertes, des « Eh Mundele » à « Bonjour Mr Nicolas ».
Ici, les jeunes du quartier viennent, dĂšs 13 ans, se former aux mĂ©tiers de la couture et du bĂątiment (soudure, menuiserie, Ă©lectricitĂ©, plomberie, froid mĂ©nager, assemblage aluminium). Une partie de ces jeunes arrivent de lâinsertion professionnelle de Ndako Ya Biso. Ils ont connu la rue et veulent se former pour tirer un trait sur ce dur passĂ©.
Le centre est divisĂ© en deux parties : la formation et la production. Les jeunes sont formĂ©s dans des salles de classes, mais pour les travaux pratiques, ici on voit les choses en grand ! Les jeunes rĂ©alisent eux-mĂȘmes les travaux de la production pour des clients qui dĂ©cident de leur faire confiance. Ainsi, le centre construit des maisons dans Kinshasa, des meubles ⊠Tout est rĂ©alisĂ© par ces jeunes apprentis, mĂȘme les bureaux dans lesquels je travaille sont imprĂ©gnĂ©s de leur sueur.
Lorsque jâarrive dans mon bureau, jây retrouve le responsable de la production et son assistant. Ici, jâai lâimpression dâĂȘtre dans le centre opĂ©rationnel dâune usine. Les diffĂ©rentes filiĂšres de production viennent chercher leur matĂ©riel, prendre lâargent pour les achats, discuter des devis⊠Bref, on voit du monde, tout cela avec les machines de la menuiserie en fond sonore.
La journĂ©e se calme un peu vers 13h, quand les Ă©lĂšves partent, et que la production sâarrĂȘte. JâapprĂ©cie beaucoup ces aprĂšs-midis, oĂč je peux prendre le temps de discuter avec le responsable de la production et son assistant, de comprendre leur vie ici, leur travail, leurs besoins. Car si jâai bien compris une chose depuis 2 mois, câest que je ne vais pas changer grand-chose moi-mĂȘme dans ce centre. Cependant, lĂ oĂč le personnel verra un besoin, je mây mettrai jusquâau bout ! Câest comme ça que je viens de terminer un manuel de formation sur un logiciel 3D, venu dâune demande du directeur afin de pouvoir faire des visuels des meubles et maisons que construit le centre pour les clients.
En ce moment, je travaille Ă©galement sur un outil de gestion financiĂšre pour Ă©valuer lâavancement des gros projets du CFP. Jâessaie dâĂȘtre disponible, sans chercher Ă appliquer mes modĂšles europĂ©ens, et jâavoue humblement que câest trĂšs difficile⊠Je mâefforce dâĂȘtre Ă lâĂ©coute, et de me lancer dans leurs projets sans me poser trop de questions.
Quand le bruit commence Ă mâempĂȘcher de travailler, je me lĂšve et je vais discuter en face, Ă Ndako Eluyka (Notre espĂ©rance en lingala), la toute derniĂšre rĂ©alisation des jeunes du CFP. Cette maison est destinĂ©e Ă lâinsertion professionnelle. Le responsable sâoccupe dâencadrer les jeunes qui souhaitent lancer leur micro-entreprise, une fois la formation au CFP terminĂ©e. Câest toute une machine qui se lance alors pour trouver Ă ce jeune un kit dâinsertion, lui permettant de bĂ©nĂ©ficier des outils essentiels pour lancer sa production.
Ici, jâapprends une des rĂ©alitĂ©s difficiles de Kinshasa : lâavenir professionnel de chacun est bien flou, mĂȘme pour les plus privilĂ©giĂ©s ou ceux qui ont fait des Ă©tudes supĂ©rieures. Le marchĂ© du travail est stagnant, avec des millions de Kinois qui nâattendent quâune chose : pouvoir travaillerâŠ
Vers 15h, je commence Ă ranger mes affaires pour remonter, parfois un peu plus tĂŽt. Câest en rĂ©alitĂ© mon ventre qui dĂ©cide de lâheure Ă laquelle je pars. Ici on ne sâarrĂȘte pas pour dĂ©jeuner.
La montĂ©e vers la maison dans laquelle nous vivons est mon quart dâheure sportif, avec la fatigue de la journĂ©e, et la chaleur pesante de lâaprĂšs-midi, câest lâoccasion de bien transpirerâŠ
ArrivĂ© Ă la maison, ce sont les retrouvailles avec Sibylle qui me raconte sa journĂ©e, et le dĂ©jeuner qui mâattendent.



![[PROFILE OF THE MONTH] Sandrine Laroche](/sites/default/files/styles/format_2_1/public/2026-04/Sandrine%20LAROCHE.jpg?h=c852adde&itok=gRJeLPuQ)