Sud-Kivu: des milliers de familles ont perdu leur moyen de subsistance

Sud-Kivu: des milliers de familles ont perdu leur moyen de subsistance
Des familles d’agriculteurs privées de leur terre, des entrepreneuses qui ont dû fuir et abandonner leur commerce… la population du Sud-Kivu doit encore une fois faire preuve de courage et de résilience face à un conflit qui s’éternise. Louvain Coopération, l’ONG de l’UCLouvain, récolte des fonds pour aider les familles à traverser cette crise.
Une terre meurtrie. Voilà comment certains qualifient le Sud-Kivu, cette province de l’est de la RDC dont le sous-sol regorge de métaux cruciaux pour l’économie mondiale. Depuis des décennies, sa population subit des conflits armés, des viols, des massacres… motivés, entre autres, par l’appât du gain.
En janvier 2025, les affrontements se sont intensifiés lorsque le M23 et ses alliés ont pris le contrôle de plusieurs zones stratégiques. Depuis, des milliers de familles tentent de survivre dans un contexte marqué par l’insécurité et l’incertitude.
Des terres rendues inaccessibles
Aujourd’hui, une nouvelle difficulté menace directement la survie de nombreuses familles : elles ne peuvent plus accéder aux champs qui assuraient leur alimentation et leurs revenus.
Dans plusieurs localités, des terres agricoles sont occupées ou situées à proximité de positions militaires. Certaines servent au regroupement du bétail pillé, d’autres sont devenues trop dangereuses d’accès en raison de la présence de groupes armés. Pour de nombreux ménages, cultiver leurs parcelles est désormais impossible.
Ces familles de cultivateurs ne disposent désormais que de petits espaces autour de leurs habitations pour produire de quoi se nourrir. Parmi les personnes accompagnées par Louvain Coopération, nous avons déjà identifié 162 familles dans seulement deux villages du territoire de Kabare confrontées à cette situation. Au-delà de ces cas documentés, des milliers d’autres ménages vivent des difficultés similaires dans la région.
Notre responsable sur place témoigne : « Des entrepreneuses que nous avons formées sont également touchées par cette situation : elles ont dû fuir, abandonnant leurs activités et leurs moyens de subsistance. Dépourvues de ressources, elles peinent aujourd’hui à subvenir aux besoins de leurs familles. Nos équipes restent en contact étroit avec elles. Malgré les épreuves traversées, elles manifestent une remarquable volonté de reconstruire leurs moyens d’existence dès que les conditions le permettront. »
Pallier l’urgence et ne pas baisser les bras
Avec nos équipes de terrain et nos partenaires, nous avons élaboré des réponses efficaces et rapides. Ces producteurs agricoles et ces entrepreneuses ne partent pas de zéro. Ils ont déjà bénéficié de formations et d'un accompagnement dans le cadre de nos projets. Aujourd'hui, quelques moyens supplémentaires peuvent les aider à traverser cette période difficile : des formations agricoles courtes et adaptées au contexte ; la distribution de kits agricoles composés d’outils et de semences à cycle court, ainsi que des micro-subventions destinées à relancer les petites activités économiques des femmes affectées par le conflit. Nos équipes et partenaires sont déjà présents sur le terrain. Cette aide peut donc être déployée rapidement auprès des familles les plus touchées.
Cette intervention est urgente car la saison des semis touche à sa fin. Passé ce délai, les familles perdront une occasion essentielle de produire la nourriture qui les fera vivre dans les mois à venir.
Louvain Coopération lance donc une récolte de fonds d’urgence afin de réunir les 18 000 € nécessaires à cette opération. Chaque contribution permettra de fournir des semences à cycle court, des outils agricoles ou un appui à la relance d'une activité économique. Des moyens modestes, mais essentiels pour aider les familles à produire, se nourrir et retrouver une source de revenus.
Un conflit long et complexe
Le Sud-Kivu regorge de minerais précieux, notamment l’or, la cassitérite (minerai d’étain), le coltan (indispensable à l’industrie électronique), et la wolframite (utilisé dans l’aéronautique). Ces ressources, cruciales pour l’économie mondiale, attisent les convoitises et alimentent un système où s’entremêlent groupes armés, réseaux de contrebande et acteurs de la chaîne d'approvisionnement internationale. Depuis de nombreuses années, des métaux précieux congolais issus de zones contrôlées par des groupes armés sont extraits et commercialisés illégalement dans des pays voisins.
En 2024 déjà, un rapport de l’ONU rapportait que les rebelles avaient exporté pas moins de 150 tonnes de coltan, un matériau important pour la conception d’appareils électroniques, vers le Rwanda. Depuis l’offensive du M23 en janvier 2025, cette dynamique se serait encore accélérée. Cette zone reste également marquée par des tensions identitaires et communautaires héritées de l'histoire récente de la région. Le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 a laissé de profondes cicatrices dans l’est de la RDC, qui avait alors accueilli un afflux massif de réfugiés. Plusieurs groupes armés trouvent leurs origines dans les bouleversements de cette période. Aujourd'hui encore, on estime qu'une centaine de groupes armés sont actifs dans l'est du pays et interviennent, à des degrés divers, dans les dynamiques du conflit. Au centre de tout cela, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut et font preuve d’une extraordinaire résilience.
Louvain Coopération, l’ONG de l’UCLouvain, est engagée depuis plus de 40 ans pour un monde durable, équitable et inclusif, fondé sur la solidarité.
Les équipes de Louvain Coopération travaillent avec des partenaires en Afrique, en Asie, en Amérique andine et en Belgique. Ensemble, ils agissent de manière coordonnée, sur base d’une démarche scientifique, afin de renforcer la santé, l’agriculture et l’alimentation, l’entrepreneuriat et l’éducation. Son objectif : améliorer durablement les conditions de vie et la résilience des populations.




