En Haïti, de la rue à un nouvel avenir

En Haïti, de la rue à un nouvel avenir
En Haïti, on estime que 200 000 enfants vivent dans des conditions extrêmement précaires. Certains ont fui les violences ou les abus, d’autres cherchent simplement de quoi manger ou gagner un peu d’argent. À Jacmel, dans le sud-est du pays, Louvain Coopération et son partenaire local, le RESEDH, les accompagnent pour leur permettre d’envisager un autre avenir.
Il y a quelques années, le phénomène des enfants en situation de rue concernait principalement la capitale haïtienne, Port-au-Prince. Mais aujourd’hui, la crise économique et politique a amplifié ce phénomène à l’ensemble du territoire. À Jacmel, dans le sud-est du pays, le RESEDH accompagne ces jeunes depuis dix ans.
Les trajectoires qui mènent ces enfants jusqu’à la rue sont multiples. « Certains sont placés en domesticité : leurs parents les confient, par exemple, à des marchands pour qu’ils travaillent. Bien souvent, ces enfants subissent des abus et des violences. Ils fuient alors cette situation et se retrouvent dans la rue », explique Jetho Pierre-Paul, coordinateur du RESEDH.
D’autres jeunes viennent de Port-au-Prince dans l’espoir de trouver un environnement moins difficile, loin de la violence des gangs qui sévissent dans la capitale. Enfin, certains ont encore une famille, mais vivent dans une telle précarité qu’ils doivent chercher de l’argent ou de la nourriture dans la rue plutôt que d’aller à l’école.
« Tous ces jeunes sont très vulnérables et particulièrement exposés au recrutement par les groupes armés. Nous œuvrons donc chaque jour pour leur éviter cela », confie encore Jetho.
Des enfants en prison
Dans leur grande vulnérabilité, des enfants et jeunes en situation de rue peuvent être amenés à enfreindre la loi, notamment en commettant des vols ou des actes de violence. Certains se retrouvent alors en prison. Là aussi, le RESEDH veut être présent pour eux. « Nous essayons d’améliorer les droits de ces enfants incarcérés car leurs conditions de détention sont extrêmement difficiles. À Jacmel, ils sont placés dans des prisons pour adultes, ne sont pas nourris correctement, n’ont pas accès aux soins, ne peuvent pas communiquer avec leurs proches… », détaille le Coordinateur du RESEDH. L’association apporte donc médicaments et soins au sein des prisons, ainsi qu’un soutien psychosocial avec un psychologue et des assistants sociaux.
Pour préparer l’après, les jeunes incarcérés ont aussi accès à des formations professionnelles. « Lorsqu’ils sortent, nous essayons de les placer dans une famille d’accueil et de les envoyer à l’école ou vers une formation professionnelle. Nous prenons tout en charge pour eux, pour changer leur histoire… ».
Se former pour changer d’avenir
Pour accompagner tous ces jeunes et leur permettre de se construire un avenir différent, le RESEDH leur propose des formations sur le leadership et les informe sur leurs droits, avant de veiller à leur formation et leur insertion socioprofessionnelle. « Ce sont les jeunes eux-mêmes qui choisissent leur orientation et nous les accompagnons dans leur choix. Au terme de ces formations, certains veulent retourner à l’école pour avoir leur baccalauréat. D’autres, peuvent ensuite se tourner vers des formations plus complètes. »
L’objectif : leur permettre de développer des compétences, de trouver un emploi et de gagner progressivement en autonomie.
Voir l’aide perdurer
Louvain Coopération a soutenu le RESEDH pendant plusieurs années. À partir de janvier 2027, son support financier se portera sur d’autres associations haïtiennes dans le besoin. Pour poursuivre le soutien essentiel apporté aux jeunes, le RESEDH doit renforcer son autonomie financière. Il va donc développer un projet qui repose sur une double ambition : créer une nouvelle source de revenus et offrir aux jeunes un lieu où ils pourront se former à la transformation des produits agricoles.
« Étant donné que nous avons une grande expertise dans la transformation de produits agricoles – la production de jus, de chips, de différentes farines- nous voulons mettre sur pied un petit centre de transformation et de vente de ces produits sur le marché local. Cette structure servira aussi de lieu de formation pour les jeunes qui souhaitent travailler dans ce domaine. Notre prochain défi est de financer ce centre pour assurer notre avenir et, à travers nous, celui des centaines de jeunes que nous encadrons chaque année. »

Témoignage : Jerry Antoine
« Lorsque j’avais 13 ans, je vivais chez ma tante mais c’était très difficile. On ne s’occupait pas de moi et j’avais souvent faim. Un soir, avec un copain, on est rentré dans un restaurant après sa fermeture pour trouver à manger. Mais on s’est enfermé à l’intérieur et quand le propriétaire nous a retrouvés le lendemain, il a appelé la police. On a été arrêtés puis placés en détention à la prison civile de Jacmel. Quand j’étais en prison, le RESEDH m’a beaucoup soutenu. Un psychologue venait me voir et je recevais de la nourriture, du savon… Un avocat a assuré ma défense et a finalement obtenu ma libération. A ma sortie, j’ai été placé dans une famille d’accueil et je suis retourné à l’école. Cette année, je vais passer mon baccalauréat ! »
Louvain Coopération, l’ONG de l’UCLouvain, est engagée depuis plus de 40 ans pour un monde durable, équitable et inclusif, fondé sur la solidarité.
Les équipes de Louvain Coopération travaillent avec des partenaires en Afrique, en Asie, en Amérique andine et en Belgique. Ensemble, ils agissent de manière coordonnée, sur base d’une démarche scientifique, afin de renforcer la santé, l’agriculture et l’alimentation, l’entrepreneuriat et l’éducation. Son objectif : améliorer durablement les conditions de vie et la résilience des populations.




