20 ans de partenariat pour les mutuelles

Lancement officiel de la création de la mutuelle de santé

20 ans de partenariat pour les mutuelles

Résaux sociaux
Contenu

En 2006, l’Union Nationale des Mutualités Libres et Louvain Coopération posaient la première pierre d’un partenariat autour de l’accès aux soins de santé. D’abord au Bénin, puis au Togo et au Burundi, les deux structures ont collaboré de multiples manières pour développer le mouvement mutualiste dans ces pays. Vingt ans plus tard, Christian Horemans, Expert en Affaires Internationales pour les Mutualités Libres, revient sur cette collaboration. 

LC : Pourquoi, il y a 20 ans, les ML ont souhaité s’investir dans le développement de mutuelles de santé en Afrique ?

CH : Nous recevions régulièrement des demandes de soutien pour des projets, en Afrique notamment. Ça ne faisait pas partie de nos projets à l’époque mais on a trouvé que c’était intéressant. Il nous fallait un partenaire de qualité et on a donc commencé à prendre contact avec différentes organisations pour mieux connaître le secteur. On nous a alors recommandé Louvain Coopération, qui travaillait sur les mutualités. C’était la première fois qu’on mettait un projet pareil en place et, pour nous, derrière cela, il y avait un objectif de solidarité mutualiste internationale et d’échanges de savoir-faire et de connaissances.

LC : Vos motivations de l’époque ont-elles toujours autant de sens aujourd’hui ?

CH : Oui, parvenir à un accès structuré aux soins de santé dans des pays où 80 à 90 % des gens vivent de l’économie informelle et n’ont donc pas de couverture sanitaire reste un très grand défi, un défi réellement pertinent. Les témoignages de familles déstabilisées financièrement à cause de frais de soins sont nombreux et certains m’ont particulièrement marqué.

LC : À quels grands défis avez-vous été confrontés ?

CH : Au début, on travaillait surtout sur l’accès aux soins de santé. L’objectif était d’accompagner les gens à s’organiser en mutualités : créer une assemblée générale, un secrétariat, fixer le montant des cotisations, décider de ce qui va être couvert… Et un des grands défis était de convaincre les gens de rester membre de la mutualité alors qu’ils n’ont pas été malades. Culturellement, c’était très compliqué. En 2017, nous avons d’ailleurs réalisé une étude à ce sujet, pour mieux comprendre et lever certains freins. Il fallait convaincre les membres de renouveler leur cotisation mais aussi atteindre de nouveaux membres. C’est pourquoi aujourd’hui nous travaillons avec des membres de coopératives, des groupements de femmes… Dans certaines régions, l’analphabétisme est important. Il fallait donc trouver des façons originales de parler de la mutualité : il y avait des théâtres sur les marchés, des émissions radio pour expliquer la mutuelle et donner des conseils de santé, et même l’organisation d’un match de foot.

LC : Vous avez également soutenu plusieurs actions de sensibilisation sur la santé…

CH : Oui, la prévention fait partie du rôle des mutuelles et ça donne de bons résultats. La mutuelle ne doit pas uniquement rembourser des frais de soins de santé, mais aussi accompagner les membres et leur santé. On a mis en place plusieurs initiatives comme des campagnes de dépistage du diabète au Bénin, ou sur la santé mentale au Burundi.

LC : Le partenariat qui unit les ML à LC a-t-il beaucoup évolué en 20 ans ?

CH : Une des évolutions importantes concerne la Synergie MASMUT, un programme qui rassemble 3 mutualités belges et leurs ONG partenaires depuis 2014, très utile pour travailler ensemble dans différents pays. Cela nous permet aussi de travailler avec l’Association Internationale de la Mutualité, qui a aussi des partenaires en Afrique. Ensemble, nous avons organisé des conférences internationales tous les 3 ans depuis 2016. Elles nous permettent de faire un état des lieux sur le déploiement des mutuelles, partager les meilleures pratiques, inviter et dialoguer avec des organisations internationales…

LC : Certains événements vous ont particulièrement marqué ?

CH : Il y a eu pas mal de choses compliquées à gérer. Je pense au Covid qui nous a impacté chez nous, mais encore plus là-bas. La fermeture des frontières a entraîné, dans un contexte économique difficile, une chute du nombre de membres car des économies devaient être réalisées. Un moment difficile pour la coopération. La situation sécuritaire a également eu un impact négatif, notamment dans le nord du Bénin. Et puis plus récemment, la diminution des subsides de la coopération. Le monde se durcit et le contexte devient plus difficile pour les activités des mutuelles. Mais il y a aussi des choses positives évidemment, comme la Synergie MASMUT. Et ensemble avec LC, nous avons pu développer des belles initiatives. En 2016, nous avons pu mettre sur pied une formation certifiante sur la gestion mutualiste à Lomé. Nous avons élargi nos actions de prévention et nous en voyons les résultats. Le défi reste d’obtenir l’implication des États et la reconnaissance de la mutualité. Il y a eu des évolutions en 20 ans, pas uniquement grâce à nous, mais nous y avons contribué.

LC : En 2027, nous lancerons ensemble un nouveau programme de 5 ans. Quelles en seront les priorités ?

CH : Dans les années à venir, il est crucial que les gouvernements montrent plus d’engagement dans la création d’une couverture santé universelle, en incluant les mutuelles. Il y a une évolution, mais on n’arrive pas à convaincre sur le rôle que les mutuelles peuvent jouer dans l’architecture de la protection sociale. Au sein de la Synergie MASMUT, nous voulons réaliser une analyse critique pour mieux réaliser nos ambitions. On est 20 ans plus tard, les 5 années à venir sont importantes pour arriver à des résultats plus tangibles, dans une dynamique positive.

Plus de news

recherches mangroves.
16/04/2026
Constant Setondé Gnansounou vient de défendre sa thèse à l’UNamur. Désormais Docteur en Sciences, il mène depuis 10 ans des recherches sur les mangroves, leur résilience et les… +
Haiti : Se forger un avenir par la formation
16/04/2026
En Haïti, et particulièrement dans la capitale, Port-au-Prince, des centaines de milliers d’enfants vivent dans des conditions inimaginables. En février 2026, l’ONU a tiré la… +
émission cathobel
14/04/2026
L’émission « Il était un foi » a donné la parole à deux membres de notre équipe burundaise : Léonidas Mbanzamihigo, directeur, et Belyse Munezero, docteure responsable des… +
devlop .
23/03/2026
Notre nouveau Devlop' est disponible. Il met en lumière les mutuelles de santé communautaires et le combat de très nombreux acteurs de terrain pour un meilleur accès à la santé… +
Pablo Servigne
10/03/2026
Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en sciences, cofondateur du courant de la collapsologie. Connu pour ses travaux sur les vulnérabilités de nos sociétés et les… +
femmes mutualistes bénin.
09/03/2026
En Afrique subsaharienne, un problème de santé peut encore faire basculer toute une famille dans la pauvreté. Faute de protection sociale suffisante, les ménages financent eux-… +