Droits des femmes : une route semée d’embûches

Droits des femmes en RDCongo.

Droits des femmes : une route semée d’embûches

Résaux sociaux
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Cette année marque le trentième anniversaire de la Déclaration de Pékin, un programme ambitieux et un engagement mondial en faveur des droits des femmes et des filles. Depuis lors, ces derniers se sont améliorés dans plusieurs domaines, mais la route est encore longue et, aujourd’hui plus que jamais, semée d’embuches.

Il y a trente ans, le mois de septembre 1995 voyait se réunir près de 200 gouvernements et des dizaines de milliers de militants et d’organisations de la société civile du monde entier à Pékin, pour la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. 189 gouvernements ont alors signé la Déclaration et le Programme d’action de Pékin, un engagement historique et mondial en faveur des droits des femmes et des filles. Participation politique, emploi, justice, éradication de la violence, santé… 12 domaines d’actions clés étaient visés, accompagnés d’objectifs et de mesures concrètes pour les atteindre.

Des avancées notables en 30 ans

Trois décennies plus tard, l’heure est au bilan et certes, des avancées non négligeables ont été réalisées. Dans son rapport intitulé "Le point sur le droit des femmes, 30 ans après Beijing", ONU Femmes observe que, globalement, la parité est atteinte dans l’éducation des filles et la mortalité maternelle a chuté d’un tiers. La représentation des femmes au sein des parlements a plus que doublé et les pays continuent d’abroger les lois discriminatoires. Le constat global est qu’un meilleur respect des droits des femmes impacte positivement les économies des États.

Conflits, changement climatique et autoritarisme

Des progrès sont là, oui, mais les cris de victoire ne sont pas de mise, loin de là. Ces dernières années, les innombrables crises économiques, climatiques et politiques mettent à mal et détricotent les avancées obtenues pour les femmes et les filles. La montée des extrémismes et autoritarismes observée un peu partout à travers le monde va de pair avec celle de la misogynie, les femmes et leurs droits étant généralement les premières victimes de ce genre de régimes. La multiplication des conflits armés est une autre grande source d’inquiétude. Selon ONU Femmes, au cours des 10 dernières années, une augmentation de 50 % du nombre de femmes vivant en situation de conflit a été observée à l’échelle mondiale. Là encore, les femmes et les enfants payent bien souvent le prix fort. Les violences intrafamiliales ou encore la fracture numérique et les stéréotypes véhiculés par les réseaux sociaux sont autant d’autres éléments qui poussent Louvain Coopération à placer les femmes au cœur de ses actions et efforts.

 

Sud-Kivu : les femmes et les enfants payent le prix fort

Les exemples d’annihilation des droits des femmes en temps de conflit ne manquent pas. Au Sud-Kivu, elle se concrétise dramatiquement depuis son invasion, en février dernier, par les milices du M23, soutenues par le Rwanda.

"Depuis 30 ans environ, nous faisons face à un phénomène de violences sexuelles", déplore Miracle Zawadi, psychologue clinicienne et coordinatrice de CAMPS, notre partenaire. "On y a beaucoup travaillé et il y avait une régression significative des cas ces dernières années. Mais, depuis février, on assiste à une très forte recrudescence, et pas seulement dans les territoires occupés par le M23, c’est partout. Ils visent particulièrement les plus faibles : soit les femmes, les jeunes filles et les jeunes enfants. On cherche à faire le plus mal possible, à briser. Il y a ainsi régulièrement des viols d’enfants devant leur père.

Des chiffres partiels

Une autre personne active auprès des victimes et souhaitant rester anonyme dresse le même constat. « Katana constitue une zone d’accueil de déplacés qui viennent de Kalehe, Goma, Minova... Ils sont très nombreux et particulièrement vulnérables car sans ressources. Nous recevons de nombreux cas de viols. 168 depuis février. C’est un chiffre non négligeable, qui en cache certainement beaucoup d’autres car, bien souvent, les victimes ne se déclarent pas car la police et la justice ne fonctionnent pas donc, à quoi bon ? Certaines familles évitent aussi d’amener leur fille à l’hôpital de peur qu’elle soit stigmatisée." Selon l’ONU, 10.000 victimes ont été recensées dans le pays en janvier et février et près de la moitié sont des enfants.

« On vit la peur au ventre »

En tant que psychologue, Miracle Zawadi écoute de nombreuses victimes et constate les dégâts psychologiques. "On observe très souvent de la culpabilité. Dans les situations où l’on ne contrôle pas grand-chose, on s’en veut de son impuissance, de ne pas avoir pu éviter, fuir, se cacher, crier plus fort, être un garçon plutôt qu’une petite fille… Il y a aussi une espèce de résignation, ils disent : ce viol est la seule chose qui m’a évité de me faire tuer. C’est mieux que la mort. On accepte, à un certain niveau."

Outre les victimes, l’ensemble de la population est dans une situation de stress très important. Toutes les activités de la vie quotidienne en sont impactées. "Les gens vivent avec la peur au ventre. On a vu des parents qui ont refusé que l’on touche à leur fille se faire exécuter. La menace est persistante." Nos partenaires, chargés notamment d’écouter les victimes, sont également en danger. Et la crainte des dénonciations pousse les auteurs à menacer les familles de représailles si elles parlent.

Un sentiment d’abandon

Aujourd’hui, l’espoir d’une intervention de la communauté internationale semble être éteint. "La population du Sud-Kivu a compris qu’elle était abandonnée à son triste sort". Et le départ de plusieurs ONG de cette zone n’a fait qu’accentuer ce sentiment d’abandon. Malgré ce contexte très difficile, nous avons fait le choix de rester auprès de la population, des associations de la société civile et des structures de santé, notamment pour soutenir le travail colossal à mener en termes de santé mentale.

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