

Edito
Notre engagement pour le développement durable des mangroves
Les mangroves sont des forêts denses d’arbres sur échasses entremêlées, situées entre terre et mer dans les zones intertropicales. Cet écosystème magnifique et atypique représente au niveau mondial moins de 0,03 % de la superficie terrestre, ce qui semble finalement assez insignifiant. Et pourtant !
Les mangroves assurent d’exceptionnels services écosystémiques (ces fameux bénéfices que les écosystèmes fournissent gratuitement aux êtres humains). C’est pour ces raisons, et parce que les mangroves sont sous pression, au risque de disparaître, que Louvain Coopération s’est engagée pour leur développement durable dès 2006.
Notre mission vise, avec nos partenaires et les populations locales, à renforcer en premier lieu la gestion participative de ces écosystèmes. Nous veillons également à l’information et à la sensibilisation des populations, des jeunes, des décideurs locaux… sur l’importance des mangroves et les moyens de les protéger.
Nous portons une attention particulière à leur exploitation durable par les populations qui en vivent, en développant des activités économiques compatibles avec ce milieu, comme l’apiculture ou encore l’écotourisme. Enfin, nous soutenons les initiatives locales de restauration (principalement le reboisement) et de conservation.
Dans les pages qui suivent, vous découvrirez toutes ces actions, et notamment la réalisation d’une thèse sur la résilience socio-écologique des mangroves à l’Université de Namur… où les mangroves étaient présentes il y a plus de 300 millions d’années. Un lien avec notre passé et, peut-être, notre futur, qui rend les mangroves encore plus précieuses à mes yeux !
Vincent Henin
Chargé de suivi de projets
& Copilote du programme mangroves Uni4Coop
Dans le sud du Bénin, les mangroves ont perdu un quart de leur superficie en quelques décennies. Avec l’appui de Louvain Coopération et de ses partenaires, les communautés locales œuvrent aujourd’hui à leur restauration, développent des alternatives durables et relancent les ressources halieutiques.
Les deux zones principales de mangroves du Bénin sont situées dans les départements de l’Atlantique (communes de Ouidah, Abomey-Calavi et Kpomassé) et du Mono (communes de Grand Popo, Comé et Bopa). Ces zones sont particulièrement fragilisées. On estime en effet que la déforestation et le dérèglement climatique ont mené à la perte de 25 % des mangroves béninoises entre 1980 et 2006, avec des conséquences directes sur les activités de pêche. Depuis les années 2000, une prise de conscience générale semble ralentir cette destruction. En collaboration avec nos partenaires, Action Plus et Eco-Bénin et les communautés locales, nous nous inscrivons dans cette dynamique et travaillons à la restauration de ces forêts et à l’instauration d’activités économiques et rémunératrices qui préservent leur durabilité, telles que la saliculture.
Au Bénin, il existe un arsenal de lois et règlements qui protègent les mangroves. La coupe illégale de palétuviers peut mener à d’importantes amendes, voire à un emprisonnement. Mais des difficultés liées à un manque de sensibilisation, à l’insuffisance des ressources, à une collaboration insuffisante entre les institutions et à des problèmes fonciers compromettent leur application au niveau local. Dans la réserve de la biosphère du Mono, nous participons avec nos partenaires au développement d’une application mobile servant de système d’alerte, mais également d’inventaire de la faune et de la flore locale.
Le principe est simple : les riverains enregistrent et localisent les actes de détérioration des mangroves et ces données sont transmises aux autorités pour augmenter la surveillance des lieux à risque. Par ailleurs, les informations récoltées sur la faune et la flore constituent une base de données précieuse pour la recherche et la documentation de la vie dans cet écosystème.
Quatre années de recherches autour des mangroves
Constant Setondé Gnansounou vient de défendre sa thèse à l’UNamur. Désormais Docteur en Sciences, il mène depuis 10 ans des recherches sur les mangroves, leur résilience et les conditions menant à leur durabilité, malgré l’impact de l’homme sur l’environnement.
À Madagascar, les mangroves jouent un rôle vital pour la biodiversité, la pêche et les communautés côtières. Mais dans la région du Menabe, cet écosystème recule sous l’effet de la pression humaine et du changement climatique. Avec ses partenaires, Louvain Coopération accompagne les populations locales pour mieux comprendre la surexploitation des ressources marines et construire des alternatives durables.
Madagascar est particulièrement riche en mangroves : 310 000 hectares de l’île en sont recouverts, dont 25 000 se situent dans la région Menabe, zone d’intervention de Louvain Coopération au sud-ouest du pays. Mais cette richesse s’amenuise : depuis le milieu des années 90, 25 % des mangroves malgaches ont disparu. Dans le Menabe, 500 hectares disparaissent chaque année. Les sécheresses répétées ont provoqué d’importantes migrations vers le littoral, amplifiant une pression démographique déjà importante. Les forêts de mangrove y sont défrichées pour installer des cultures (rizières, canne à sucre…) et exploiter le bois destiné au chauffage ou à la construction.
Souvent méconnues, les mangroves comptent parmi les écosystèmes les plus précieux de la planète. Réservoirs de biodiversité, remparts naturels contre les tempêtes et puissants puits de carbone, ces forêts côtières sont indispensables aux populations locales et au climat mondial. Menacées par les activités humaines et le dérèglement climatique, elles sont aujourd’hui au cœur d’efforts de préservation.
À première vue, ce sont des forêts ordinaires. Bien sûr, leurs racines plongées dans les bras de mer leur confèrent une beauté toute particulière. Mais pour découvrir leur véritable richesse, il faut s’en approcher, accoster sa barque sur le sable, au cœur des palétuviers. Là, se trouvent des espèces que vous ne verrez nulle part ailleurs : le crabe violoniste des Antilles ou le poisson sauteur, capable de grimper aux arbres en Afrique de l’Ouest. Les mangroves, ces forêts de palétuviers installées sur les côtes tropicales, renferment une incroyable biodiversité. Des espèces endémiques adaptées à ce milieu salé et boueux s’y développent, tandis que leurs racines constituent une véritable nurserie, où des milliards d’espèces marines (poissons, crabes, oiseaux, reptiles…) trouvent nourriture et abri.
Un miel rare, doté d’une saveur exceptionnelle. Voilà un autre cadeau des mangroves. Lorsque les palétuviers sont en bonne santé, leurs fleurs permettent une production importante de miel. L’apiculture représente donc une source de revenus pour les familles, mais également une motivation pour sauvegarder cet écosystème.
Depuis 2024, nous travaillons au développement de cette filière dans le Menabe. « Lier les efforts de conservation à des bénéfices économiques concrets est une stratégie efficace de motivation communautaire », commente Haja Ramanantsialonina, Directeur pour Louvain Coopération à Madagascar. « Mais, dans cette région, il n’est pas dans les mœurs de s’occuper des abeilles. Au début, les habitants pensaient qu’il suffisait de mettre les colonies dans les ruches et d’attendre la production. Le développement de la filière apicole nécessite donc un accompagnement soutenu. »
En collaboration avec le Service technique de l’élevage de la Région Menabe, nous avons donc conçu un livret sur les pratiques améliorées de l’apiculture.
Trente-cinq personnes ont assisté à des formations pratiques et reçu du matériel pour améliorer leurs activités apicoles. Par ailleurs, une unité de miellerie a été mise en place à Belo-sur-Tsiribihina, dans le but de structurer la filière et d’en améliorer la rentabilité. Aujourd’hui, 82 personnes sont actives en apiculture dans la zone à la suite de ces formations. Elles ont déjà pu vendre le fruit de leurs récoltes.

