Application mobile, sel solaire et savoirs locaux : les nouvelles armes pour sauver les mangroves

Application mobile, sel solaire et savoirs locaux : les nouvelles armes pour sauver les mangroves

Puissants puits de carbone, barrières naturelles contre l’érosion et refuges de biodiversité, les mangroves figurent parmi les écosystèmes les plus précieux — et les plus menacés — au monde. Au Bénin et à Madagascar, Louvain Coopération et ses partenaires développent des solutions originales mêlant innovation technologique, recherche scientifique et savoirs locaux pour mieux les protéger.

Les mangroves sont des forêts denses d’arbres sur échasses entremêlées, situées entre terre et mer dans les zones intertropicales. Cet écosystème magnifique et atypique représente au niveau mondial moins de 0,03 % de la superficie terrestre, ce qui semble assez insignifiant. Et pourtant !

Les mangroves assurent d’exceptionnels services écosystémiques : elles protègent la biodiversité, captent du carbone en quantité exceptionnelle – jusqu’à 5 fois plus que les forêts terrestres-, freinent l’érosion des côtes et font vivre des millions de pêcheurs à travers le monde.

Une disparition progressive et inquiétante

Chaque année, la surface mondiale de mangroves (environ 147 000 km²), tend à diminuer. On estime qu’environ 40 % des mangroves ont disparu depuis les années 1960. En 2007 déjà, plusieurs scientifiques considéraient qu’elles étaient en danger critique d'extinction ou en voie d'extinction dans 26 des 120 pays qui en possèdent.

La première cause est la déforestation, liée aux besoins en bois, à la création de cultures, au développement urbain et à l’élevage de crevettes, activité très destructrice de ces forêts. La pollution et le changement climatique sont également responsables de leur disparition.

Des innovations pour sauvegarder les mangroves

Depuis 20 ans, Louvain Coopération, l’ONG de l’UCLouvain, œuvre à la sauvegarde des mangroves. À Madagascar et au Bénin, l’ONG universitaire mêle expertises académiques et savoirs locaux dans cet objectif. Il en résulte plusieurs innovations prometteuses. Au Bénin, la protection des mangroves passe désormais aussi par le smartphone. Une application mobile en développement permet aux riverains de signaler en temps réel les actes de dégradation. Elle permet par ailleurs de récolter des informations sur la faune et la flore endémique, qui constituent une base de données précieuse pour la recherche et la documentation de la vie dans cet écosystème.

Dans la même zone, les habitantes ont développé depuis de nombreuses années un savoir-faire particulier dans la production de sel, obtenu par évaporation de l’eau de mer. Cette activité représente une source de revenus pour les familles, mais elle nécessite du bois de chauffe et entraîne donc du déboisement. En collaboration avec l’Institut National Supérieur de Technologie Industrielle (INSTI) de Lokossa, Louvain Coopération a développé un modèle qui permet d’éviter la coupe du bois. « Il s’agit de sel solaire, obtenu par l’évaporation de l’eau de mer sur une bâche étendue au soleil », explique Richard Ayelesso, assistant technique de Louvain Coopération au Bénin. « Aujourd’hui, notre défi est de convaincre les salicultrices de passer à ce mode de production, notamment grâce à la fourniture de matériel adapté et à leur sensibilisation aux impacts du changement climatique. » L’INSTI et Louvain Coopération travaillent également au développement de charbon écologique (à base du paspalum et du typha) et de foyers adaptés à ce charbon.

Sacralisation et étude de résilience

Le vaudou est une autre source de protection des mangroves. Constant Setondé Gnansounou, docteur en Sciences de l’UNamur spécialisé dans les mangroves, explique : "Les gens craignent les restrictions autour des divinités. Donc, lorsque les mangroves sont sacralisées, leurs destructions par l’homme diminuent. Une utilisation conjointe des textes légaux et des croyances traditionnelles permet d'améliorer la résilience des mangroves, par leur utilisation durable."

Dans ses travaux, Constant a également mis sur pied une méthodologie précise appelée MaSERA qui analyse la résilience socio-écologique des mangroves, soit leur capacité à se maintenir d’un point de vue social et écologique. "Les mangroves sont des systèmes socio-écologiques très complexes et dynamiques encore difficiles à appréhender dans toute leur complexité. Leur étude fait appel à une très grande quantité de données. Dans cette méthode, nous proposons de décomplexifier les choses et d’utiliser des données plus flexibles basées sur 3 composantes : les plantes, les poissons et les populations humaines. Sur cette base, on peut déjà comprendre la résilience du système."

MaSERA a déjà été mise en pratique dans 3 villages pilotes au Bénin. Il faut maintenant la tester sur d’autres contextes afin de l’adapter à un niveau plus global. Toutes ces recherches constitueront également des outils de plaidoyer pour influencer les politiques de conservation des mangroves.

Louvain Coopération lance une campagne de récolte de fonds pour soutenir plusieurs actions autour de la préservation des mangroves.

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