
Edito
Des entrepreneuses sociales
Améliorer l’accès des populations vulnérables à la nourriture et aux autres soins primaires que sont la santé, l’éducation ou encore le logement passe notamment par la promotion de l’entrepreneuriat.
Dans ce domaine, nous portons une attention particulière à l’initiative économique des jeunes mais également des femmes, le constat étant qu’elles consacrent une plus grande partie des revenus générés aux besoins primaires de leur famille, en particulier leurs enfants, mais aussi au soutien de leur communauté.
Dans l’esprit de Louvain Coopération, entreprendre ne se limite pas à la sphère économique mais couvre également, voire surtout, la sphère sociale. À ce titre, nous soutenons les initiatives de nos partenaires qui visent à impacter socialement la société. Et ces initiatives sont bien souvent féminines comme en témoignent Palmira, Fessoribe ou Euphrasie, directrices de nos partenaires locaux Esperanza en Bolivie, UCMECS au Togo et CUFORE au Burundi.
Finalement, Louvain Coopération promeut également l’intrapreneuriat (entrepreneuriat au sein de structures existantes) social ! Et les exemples d’initiatives du sexe dit faible sont plutôt solides, tant au sein de nos équipes que dans nos collaborations avec l’UCLouvain.
Nous remercions ces entrepreneuses qui maximisent l’utilité des ressources que nous parvenons à mobiliser en faveur de projets qui impactent socialement et économiquement leurs familles, leurs communautés et leurs sociétés sur quatre continents. Leur révolution est en marche et Louvain Coopération la soutient. Soutenez-la avec nous !
Vincent Henin
Expert thématique Sécurité alimentaire et économique
En République démocratique du Congo, des milliers d’enfants dits « en situation de rue » vivent dans des conditions totalement inacceptables. Louvain Coopération mène deux projets, à Kinshasa et à Bukavu, pour tenter de sortir un maximum d’entre eux de l’enfer de la rue. L’an dernier, nous avons accompagné plus d'un millier d’enfants. Voici l’histoire de Daniel, l’un d’entre eux.
5 « Il y a eu des violences dans mon village, près du parc des Virunga (est de la RDC). Tout le monde avait peur et fuyait. C’était la pagaille. Moi j’étais encore petit et, dans la foule, j’ai perdu mes parents. » Cette histoire, c’est celle de Daniel. Ce terrible épisode l’a laissé seul et il n’a eu d’autre choix que de vivre dans la rue, avec d’autres enfants. Il y a vécu pendant trois ans. En journée, il ramassait de la ferraille et la revendait pour avoir un peu d’argent pour manger. La nuit, il dormait dehors, sous des étales de marché pour se protéger. Il a survécu de cette manière, jusqu’à ce qu’il pousse la porte du centre Don Bosco, partenaire de Louvain Coopération à Bukavu. Là, il a été soigné, nourri, logé. Après de nombreuses recherches, les éducateurs ont retrouvé la trace de son père qui vit dans un camp de réfugiés au Kenya. Aujourd’hui, Daniel a 19 ans et reçoit une formation en mécanique pour se construire un nouvel avenir.
« Les femmes cheffes d’entreprise sont rares ici. Si cela marche, on dit que c’est grâce au mari. Et, si ça ne marche pas, on se moque de la femme ! » Malgré cela, certaines se lancent et parviennent à créer un cercle vertueux autour de leur idée, de leur travail. Louvain Coopération soutient ces femmes qui osent entreprendre pour changer leur destin.
Irène, RDC
Irène, 43 ans et mère de 8 enfants, a installé son atelier le long d’une petite route de la zone de Kabare dans le Sud-Kivu. « En tant que femme, c’était important pour moi de créer quelque chose pour mon indépendance. J’ai donc décidé de lancer cette petite entreprise. Nous produisons des paniers qui évitent aux femmes de transporter la nourriture qu’elles achètent au marché dans le pagne qui leur noue les cheveux. C’est bien plus pratique et hygiénique ! Et d’un autre côté, nous fabriquons des braseros qui consomment moins de braises. Je sais qu’il faut limiter la coupe du bois pour l’environnement et je sais aussi que plusieurs de mes voisines ont été violées en allant chercher du bois dans la forêt. Grâce à mes braseros, elles doivent y aller moins souvent… » Irène emploie ainsi plusieurs personnes, dont des femmes rejetées par la société et des enfants seuls qui peuvent ainsi financer leurs frais scolaires. Le Guichet d’Économie Locale (GEL), partenaire de Louvain Coopération au Sud-Kivu, a accompagné Irène dans le déploiement de cette entreprise. « Cela m’a permis d’élargir mes pensées et mon projet. Je suis maintenant propriétaire d’un lopin de terre où je trouve l’argile pour mes braseros et j’ai une meilleure gestion de mes revenus. Chaque mois, je reçois une visite de l'équipe du GEL. On discute et ils m’indiquent les choses à améliorer. » Aujourd’hui, Irène est devenue une femme fière et respectée, qui peut prendre part aux décisions de sa communauté.<:p>
Giorgia, Bolivie
Giorgia vit seule avec son fils dans la périphérie d’Oruro, en Bolivie. Sans revenu et dans le besoin, elle a rejoint la coopérative « Las Abejitas » et s’est lancée dans la production et la vente de pâtisseries. Louvain Coopération et son partenaire local Aprosar l’ont soutenue dans cette entreprise par des formations techniques et de gestion. « Grâce à ce soutien, surtout aux conseils techniques sur la confiserie, j’ai pu diversifier mes produits : préparation et décoration de gâteaux, pâtisseries fines, biscuits… La qualité et la présentation de mes produits se sont améliorées, ce qui m’a rendue plus compétitive. Mes ventes et mes revenus ont donc augmenté ! Je peux maintenant couvrir les dépenses de mon ménage, économiser un peu et donner à mon fils une meilleure chance d’étudier et de vivre correctement. »
Suzanne, Bénin
Suzanne habite le petit village de Cobly, dans le nord du Bénin, dont la population vit essentiellement de l’agriculture. « J’ai démarré ma petite entreprise en 2004. Au départ, je cultivais du riz et de l’igname et je possédais quelques chèvres. Mais je voulais travailler plus, produire davantage. J’ai alors trouvé de l’aide auprès du Guichet d’Économie Locale de Louvain Coopération. » Cette structure appuie notamment les petits entrepreneurs dans leurs démarches administratives et financières. Grâce à ce soutien, Suzanne a pu postuler auprès de différents organismes et ainsi obtenir un micro-crédit. « Cet argent m’a permis d’acheter du matériel pour transformer mon riz : des bâches, un fût en plastique, un kit d’étuvage, des marmites, un foyer amélioré… Je peux ainsi vendre mon riz dans le village et je m’arrange aussi avec les dames qui travaillent dans les cantines des écoles pour qu’elles achètent mes produits. » Mois après mois, Suzanne a réussi à bien investir pour faire fructifier sa petite entreprise. Elle est devenue un exemple dans la région. « J’ai bien assez pour vivre et j’aide donc les autres villageois à financer les frais de scolarité et de mutuelle de santé de leurs enfants. J’ai également acheté trois maisons dans lesquelles j’accueille les enfants qui vont à l’école loin de chez eux. Cela me semble normal d’aider les autres, car, moi aussi on m’a aidée lorsque j’en avais besoin. J’espère qu’ils pourront eux-aussi grandir, pérenniser et partager leurs acquis. » Et, lorsque l’on demande à Suzanne ce qu’elle espère pour le futur, elle répond simplement ceci : « J’espère que ces enfants réussiront, qu’ils vivront bien. Un enfant qui réussit, c’est toute une communauté qui a gagné. »
En mai dernier, nous vous présentions un projet de soutien à l’agriculture et à l’artisanat situé dans le sud du Burundi. Dans quelques mois, il prendra fin. Nous voulions donc vous démontrer l’impact concret et la durabilité d’une action que vous avez soutenue avec nous.
Louvain Coopération est présente au Burundi depuis 2003 et, malgré les années de guerre civile et les plus récentes tensions politiques de 2015, l’ONG de l’UCLouvain reste active dans ce pays où les besoins sont colossaux.
Pour soutenir les populations, nous y menons un vaste projet (PROVAPA-TUGWIZAKAZI) d’appui aux agriculteurs et aux artisans afin d’augmenter et de diversifier les revenus des familles, mais également favoriser la création de l’emploi. Ce projet est soutenu par l’Union européenne et se déploie dans le sud du pays (dans les provinces de Makamba et Rutana), région où les associations sont habituellement peu présentes et qui accueille actuellement beaucoup de rapatriés en provenance de la Tanzanie.
Concrètement, il s’agit d’augmenter les productions agricoles des familles, afin de leur permettre de manger en suffisance toute l’année et d’obtenir un revenu en vendant leurs surplus. Cela passe par la distribution d'animaux d’élevage, par des formations, par l’appui à la production d’outils adéquats et de semences de qualité…. Par ailleurs, les jeunes et les femmes sont accompagnés dans la mise en place d’une activité économique rentable (commerce, coiffure, boulangerie, apiculture, couture, menuiserie, mécanique, forge, soudure et vannerie) via des formations et des outils. Tous ces secteurs procurent de l’emploi non seulement à l’entrepreneur, mais aussi à ses voisins.