
Edito
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Il nous a fallu vérifier à plusieurs reprises cette information tant elle nous semblait impossible, mais elle était bien correcte : ceci est le vingtième Devlop’ que nous vous proposons. Vingt Devlop’, cela fait autant de plans de rédaction, des centaines de versions à améliorer, à bonifier, des milliers de mails envoyés aux quatre coins du monde pour obtenir des informations fiables, des photos parlantes, des témoignages captivants…
Vous, les lecteurs et lectrices du Devlop’, les donateurs et donatrices qui permettez à tous ces projets d’exister, attendez du contenu de qualité. Et vous avez raison.
C’est pourquoi, édition après édition, nous avons tâché de faire mieux pour vous apporter toujours plus d’informations sur la façon dont se pensent, se déroulent et se vivent nos projets, sur leurs impacts, sur les changements qu’ils provoquent dans les quotidiens.
Ce vingtième numéro est l’occasion de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, d’admirer le chemin parcouru en presque dix ans, la façon dont certains projets se sont totalement transformés grâce à notre capacité d’apprentissage et de remise en question. Ce flash-back est également une entreprise salutaire pour notre organisation : se souvenir de ce que l’on a été capable d’accomplir, pour avoir la volonté de continuer. Oui, continuer, malgré les coupures budgétaires, malgré une société de plus en plus repliée sur elle-même, malgré la destruction et le chaos en RDC…
Cette volonté, nous tenons à vous la partager. Nous avons donc pris, à l’aube de ce vingtième numéro, la décision importante de produire un troisième Devlop’ chaque année, afin de pousser encore plus loin votre connaissance des projets que vous soutenez.
Mais, avant de nous plonger dans le futur, je vous propose une halte dans le passé. Parmi ces pages, vous pourrez admirer des victoires et avancées que nous avons décrochées ensemble, avec vous, avec nos partenaires, avec celles et ceux qui vivent nos projets au quotidien. Merci donc à toutes et tous et très bonne lecture.
Emilie Stainier,
Responsable de rédaction du Devlop’
Depuis vingt ans, Louvain Coopération travaille au Sud-Kivu, à l’est de la RDC, et tente d’améliorer les conditions de vie d’une population déjà très fragilisée par les conflits récurrents. Aujourd’hui, l’invasion officielle du Nord et du Sud-Kivu par le M23 provoque des violences inimaginables, dont les civils sont les cibles premières.
Le 26 janvier dernier, les médias du monde entier relataient l’entrée de troupes rwandaises et combattants du groupe antigouvernemental du Mouvement du 23 mars (M23) dans la ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu. Depuis lors, ils ont progressé rapidement en envahissant une seconde province de l’est, le Sud-Kivu, et sa capitale, Bukavu. À l’heure d’écrire ces lignes, les rebelles avançaient toujours plus dans les terres, laissant dans leur sillage des centaines de milliers de déplacés, des villes pillées et saccagées et une population endeuillée et terrifiée.
Louvain Coopération intervient depuis de nombreuses années au Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Kabare, Kalehe, Walungu et Bukavu, particulièrement touchés par les combats et désormais sous tutelle du M23. Les populations, nos partenaires ainsi que nos collègues sont donc les premiers témoins et victimes de ce conflit. Ceux qui le pouvaient sont partis. Les autres se terrent chez eux ou se cachent dans la forêt, attendant que le pire soit passé, dans une totale incertitude sur le futur. « Je ne me sens pas encore prêt à retourner chez moi. Ma maison a été visitée au moins trois fois par différents groupes armés. Nous ne sommes pas sûrs que le dernier soit passé », confie un membre du staff de notre partenaire local. Son collègue ajoute : « Il y a deux ans j’avais déjà perdu la moitié de ma maison dans des inondations. Je me suis endetté pour la reconstruire. Aujourd’hui, nous avons dû fuir et nous cacher dans la forêt avec toute ma famille, dont mon épouse qui était en fin de grossesse. Nos conditions de vie sont très dures. Notre bébé est né, mais il ne les a pas supportées. Il est mort et je le pleure amèrement. Nous n’osons pas rentrer car notre maison a été occupée par différents groupes armés et nous craignons qu’ils y aient laissé des explosifs. »
Chaque jour, les nouvelles du conflit nous parviennent, et avec elles, des histoires tragiques.
Le journal Devlop’ et notre projet d’accompagnement des enfants en situation de rue à Kinshasa ont vu le jour la même année, en 2015. Le premier numéro de notre revue faisait donc état du décollage de ce projet. Depuis lors, il a évolué, pris son envol, et s’avère plus que jamais indispensable.
250 enfants âgés de 6 à 18 ans, pris en charge par un centre partenaire, l’ORPER, pendant 3 ans, grâce à un partenariat inédit entre la Fondation Monsengwo, l’association Entrepreneurs pour Entrepreneurs (OVO) et Louvain Coopération. Telle était la charpente de notre tout premier projet d’accompagnement des enfants en situation de rue à Kinshasa, lancé en avril 2015.
À l’époque déjà, les besoins étaient immenses. On estimait à plus de 25.000 le nombre d’enfants et d’adolescents livrés à eux-mêmes dans la tentaculaire capitale congolaise. Parfois très jeunes, ces enfants manquent de tout et constituent des proies faciles pour les réseaux de drogue, de banditisme et de prostitution.
Face à tous ces traumas, il nous a semblé primordial d’innover dès le départ, et d’ajouter une dimension psychosociale à ce projet : dans les centres d’accueil, on subvient aux besoins vitaux des enfants, et, par ailleurs, ils sont accompagnés par des éducateurs spécialisés et des psychologues formés à l’approche psychosociale, afin de reconstruire progressivement leur confiance en eux-mêmes et envers les autres. Une fois stabilisés, les enfants peuvent entamer leur cheminement vers un retour en famille, une (re)scolarisation ou encore le démarrage d’une formation professionnalisante.
Permettre à chaque famille, quel que soit son revenu, d’accéder financièrement aux soins de santé. Depuis de nombreuses années, Louvain Coopération accompagne le déploiement de mutuelles de santé au Bénin, Togo et au Burundi pour y parvenir. Si l’objectif général est resté identique, ces dernières années, nous avons fait évoluer le rôle et le fonctionnement de ces mutuelles communautaires.
Bénéficier d’une couverture sociale et d’une mutuelle de santé, cela semble évident en Belgique, c’est même obligatoire. En cas de pépin, la solidarité nous permet de ne payer qu’une faible part de nos frais médicaux.
Ailleurs, cela peut être fort différent. Il est très fréquent qu’une famille soit obligée de vendre toute la récolte de l’année, voire une partie de ses terres, pour financer des frais de santé. Depuis de nombreuses années, Louvain Coopération se bat pour que cela n’arrive pas. Il s’agit de développer des mutuelles de santé au niveau des communautés, mais également de soutenir le déploiement du mouvement mutualiste aux échelles régionale et nationale, afin de toucher l’ensemble de la population.
L’un des grands enjeux est de couvrir les familles qui dépendent du secteur informel, soit 70 à 80 % de la population active dans les pays où nous travaillons. Elles perçoivent les plus bas revenus et n’ont généralement pas accès aux couvertures sociales prévues par l’Etat ou les assurances privées. Le rôle de l’Etat dans la machinerie mutualiste est indispensable mais l’impliquer requiert souvent de longs efforts de plaidoyer.
GEL. Ces trois lettres renferment une stratégie construite et soutenue par nos équipes en vue d’accompagner les femmes et les hommes qui vivent ou souhaitent vivre de leur petite entreprise. Dans ce 20ème Devlop’, nous vous proposons un tour d’horizon des Guichets d’Économie Locale créés par Louvain Coopération à travers le monde.
Les Guichets d’Économie Locale ont été créés par Louvain Coopération sur la base du modèle développé par l’ASBL saint-gilloise Groupe One. Ce sont des structures entièrement dédiées aux petits entrepreneurs. Agriculteurs, couturières, vendeurs, éleveuses, boulangères… Les GEL leur apportent conseils et services non-financiers (comptabilité, finances, marketing, études de marché, création de business plan…) afin de développer et faire perdurer leur activité économique. Ils les préparent également à accéder au crédit afin de faire croître leur activité et ainsi améliorer leurs revenus et le quotidien de leur famille et communauté. Très régulièrement, des équipes de terrain visitent les micro-entreprises soutenues pour s’assurer de leur bonne santé économique. Dans certaines régions, des GEL créés à la base par Louvain Coopération ont pris leur envol et sont désormais financièrement indépendants. Ils deviennent alors des partenaires privilégiés pour mettre en œuvre nos projets.
Chez Louvain Coopération, l’année 2025 est synonyme de renouveau, avec l’adoption d’un nouveau Plan Stratégique qui guidera les grandes lignes de nos actions jusqu’en 2036. Ce document a été construit collégialement afin de s’assurer de sa cohérence et de son adéquation à l’ensemble de nos contextes de travail. Nous vous en livrons ici les grandes lignes.
Une démarche redéfinie
Dans le monde de la coopération, notre action ne se distingue pas particulièrement par nos thématiques de travail, car Louvain Coopération mène de nombreux projets fort différents, mais bien par notre démarche d’intervention, soit notre manière de travailler. Ainsi, notre nouveau Plan Stratégique réaffirme les six principes clés sur lesquels reposent nos actions. Concrètement, Louvain Coopération agit de manière éthique et inclusive, en mettant les droits humains, la durabilité et la lutte contre les inégalités au cœur de ses projets.
Elle travaille main dans la main avec les acteurs locaux, en particulier ses partenaires et les communautés les plus vulnérables, pour construire des solutions ensemble.
Les projets répondent à des problèmes identifiés par les populations locales, dont les causes et conséquences sont multiples. Louvain Coopération a donc souhaité orienter son approche vers une vision systémique. La transdisciplinarité et la complémentarité des savoirs et des approches renforceront la recherche de solutions durables.
Louvain Coopération s’appuie sur la science en valorisant l’expérience du terrain et en collaborant avec des universités. Le partage de connaissances et d’expériences entre toutes les personnes impliquées dans les projets constitue la pierre angulaire d’une volonté d’apprentissage, de valorisation et de partage continus des savoirs.